Modèle de rémunération: Faire le point sans détour

Chères et chers collègues,

Depuis plusieurs semaines, vous êtes nombreux à nous écrire, à nous interpeller, à nous faire part de vos questions — et, pour plusieurs, de vos inquiétudes — à l’approche des prochains mois.   

Au-delà des considérations techniques, ce que vous exprimez est très concret, et nous l’entendons : une incertitude face à ce que le nouveau modèle de rémunération signifiera, à court terme, pour votre pratique et pour votre réalité financière.  

Ces préoccupations sont légitimes. Elles doivent être prises au sérieux. 

Soyons clairs : le 1er juin ne marquera pas un basculement complet et immédiat vers un nouveau modèle de rémunération entièrement défini et appliqué.  

Il s’agira d’une première étape. Un point de départ. Pas d’une ligne d’arrivée. Il est nécessaire de préciser encore de nombreux éléments, et pour lesquels votre contribution sera essentielle. L’objectif est de déterminer, avec le gouvernement, les paramètres du modèle de rémunération au 1er juin, qui arrive très vite. Cependant, pour vous, rien ne changera tant que la RAMQ ne sera pas près d’avoir actualisé ce changement.  

En clair, cela signifie que le modèle ne s’appliquera pas tant que la RAMQ ne sera pas prête. Et contrairement à ce qui se fait parfois et à ce qu’on vous dit habituellement - « retenez votre facturation » -, ce ne sera pas le cas cette fois-ci.  

Vous pourrez donc continuer à facturer selon votre mode actuel, jusqu’à ce que la RAMQ soit prête à intégrer les nouveaux paramètres du modèle de rémunération. Cela nous permettra de continuer de construire le modèle avec vous, de bien l’expliquer, et de vous accompagner dans la gestion de ce changement majeur, mais demeurera graduel.  

Basé entre autres sur les consultations entreprises auprès de vous et de vos représentants depuis l’automne 2022, le modèle vers lequel nous nous dirigeons — une rémunération composée à 50 % de capitation, 30 % à l’acte et 20 % au tarif horaire — est en cours de modélisation. Ce travail est complexe, parce qu’il doit tenir compte d’une grande diversité de pratiques, de milieux et de réalités.  

Et parce qu’il doit, surtout, être applicable.  

À ce stade-ci, il ne serait ni rigoureux ni responsable de présenter des paramètres financiers qui ne sont pas encore stabilisés. Nous sommes conscients que cette absence de précision alimente l’incertitude. Elle reflète toutefois la volonté de ne pas avancer des éléments qui pourraient être appelés à évoluer.  

Une chose, toutefois, doit clairement être rappelée.  

Le cadre dans lequel nous avançons est celui d’une entente négociée, que vous avez appuyée à 97 % en décembre dernier, dans un contexte où les conditions d’exercice risquaient autrement d’être déterminées unilatéralement par la voie législative, notamment par la loi 2 (loi 25), avec des conséquences majeures sur la pratique.  

C’est dans ce contexte, mais aussi parce que depuis le tout début, nous nous sommes prononcés en faveur d’une modernisation du mode de rémunération des médecins de famille, que nous avons collectivement choisi d’avancer. Il le fallait.  

Ce cadre nous donne aujourd’hui l’occasion de construire — progressivement — un modèle qui est davantage adapté à la réalité du travail collaboratif actuel.  

Nous le savons tous : cette transition ne se fera pas du jour au lendemain. Elle s’échelonnera dans le temps, avec des étapes en 2026 et en 2027. Ce séquencement est nécessaire pour assurer une mise en œuvre cohérente, viable et adaptée aux différentes réalités de pratique.  

Nous sommes également conscients que, dans plusieurs milieux, les médecins de famille ont déjà le sentiment d’être constamment appelés à s’adapter. Cette réalité est bien présente, et elle est reconnue.  

Mais il faut aussi le dire : nous évoluons dans un contexte de pénurie persistante de médecins de famille, où il est impossible d’être partout à la fois, alors que les besoins sont immenses, tant en première qu’en deuxième ligne. 

Nous savons que, dans plusieurs milieux de deuxième ligne, un sentiment d’incertitude — voire d’inquiétude — s’exprime chez les médecins quant à la place qui sera accordée à leur pratique dans l'entente actuelle. 

Ces préoccupations sont réelles. Elles s’expliquent notamment par la complexité des milieux concernés, mais aussi par le fait que les effets de la transition ne seront pas les mêmes pour tous, ni au même moment. 

Nous tenons à le dire sans ambages :  l’ensemble des secteurs de pratique est appelé à évoluer et à être bonifié de manière équitable. Cette évolution se fera toutefois de manière progressive, en fonction des travaux requis pour chacun des secteurs et chacune des pratiques spécifiques. 

C’est dans ce contexte que des choix doivent être faits. Ils ne seront pas simples. Ils ne seront pas uniformes. Mais ils seront définitivement orientés vers l’équité.     

Dans l’immédiat, la priorité demeure l’inscription de 500 000 patients d’ici le 30 juin. Pour les 180 000 patients vulnérables identifiés, l’objectif fixé au 31 mars a été atteint — et même dépassé! Merci à tous ceux qui n’ont pas hésité à mettre l’épaule à la roue!  

L’atteinte de l’objectif global de 500 000 patients inscrits est déterminante : elle conditionne l’accès à des marges financières supplémentaires de notre enveloppe globale qui permettront de poursuivre le nécessaire travail d’évolution du modèle.  

Nous sommes bien conscients que ce message ne répondra pas à toutes vos questions aujourd’hui.  
Mais nous tenons à vous assurer d’une chose : vous ne serez pas laissés dans le noir.  Nous continuerons de vous informer, de manière transparente, à mesure que les paramètres se préciseront. Surveillez nos infolettres et les communications de votre association

D’ici là, Les travaux se poursuivent activement, ensemble, et nous vous invitons à aborder cette période avec lucidité — mais aussi avec la conviction que ce changement, aussi exigeant soit-il, vise à bâtir un modèle plus cohérent, plus durable et mieux adapté à la réalité de la médecine de famille, et qui devra, à terme, être viable pour celles et ceux qui l’exercent au quotidien.  

Enfin, nous vous invitons à vous tourner vers vos présidentes et présidents d’association régionale ou sectorielle (CLSC). Nous sommes en lien étroit avec chacun d’entre eux, et ils jouent un rôle essentiel pour faire circuler l’information entre le terrain et la Fédération et entre la Fédération et vous. 

Merci encore de votre patience, mais surtout, de votre engagement envers vos patients. 

Solidairement, 

Dr Marc-André Amyot  
Président-directeur général